Manageuse ou manageur : quel terme employer ?
On entend de plus en plus souvent parler de « manager » au bureau, dans les offres d’emploi ou lors des entretiens professionnels. C’est devenu un mot courant dans le langage du travail, utilisé pour désigner celles et ceux qui encadrent une équipe ou pilotent un service. Mais quand il s’agit de parler d’une femme, une hésitation persiste : faut-il dire « manageuse », « manageur », ou simplement « manager », comme en anglais ?
Un mot d’origine anglaise intégré au français
Le mot « manager » vient de l’anglais, lui-même issu de l’italien maneggiare, qui signifiait à l’origine « mener un cheval à la main ». En anglais, « manager » désigne une personne qui dirige, coordonne, encadre. Ce terme s’est peu à peu imposé dans le monde professionnel francophone à partir des années 1990, notamment dans les domaines du marketing, de la gestion de projet, et plus largement dans les entreprises privées.
En français, le mot a d’abord été utilisé tel quel, sans tentative d’adaptation, comme c’est souvent le cas avec les anglicismes professionnels. On parle alors d’un « manager », au masculin générique, pour désigner une personne qui encadre une équipe ou pilote une activité. Mais avec l’évolution des mentalités et la place croissante des femmes à des postes à responsabilité, la question de la féminisation du mot s’est naturellement posée.
Le terme « manageuse » : populaire mais controversé
Le mot « manageuse » a fait son apparition dans le langage courant pour désigner une femme exerçant des fonctions de manager. On l’entend dans certaines entreprises, dans les médias, voire dans des interviews ou témoignages professionnels. Il suit la logique de féminisation appliquée à d’autres métiers, comme entraîneur/entraîneuse, directeur/directrice, etc.
Mais ce terme est loin de faire l’unanimité. D’un point de vue linguistique, « manageuse » est considéré comme un néologisme non officiel, absent de la plupart des dictionnaires de référence. Il est parfois perçu comme maladroit ou artificiel, en particulier parce qu’il repose sur un mot anglais auquel on ajoute un suffixe français.
De nombreuses personnes le trouvent même péjoratif ou peu sérieux, estimant qu’il sonne comme une parodie de langue française ou qu’il renvoie à une image moins professionnelle. Certains préfèrent donc éviter ce mot, au profit de formules alternatives jugées plus neutres.
« Manageur » au féminin : une adaptation grammaticale discutée
Face au rejet de « manageuse », certains proposent une autre option : adapter le mot « manager » en « manageur », pour le franciser et l’intégrer aux règles de la langue. Dans cette logique, « manageur » deviendrait la version francisée du mot anglais, pouvant ensuite se décliner au féminin : « une manageure », voire « une manageureuse », selon les approches. Cette tentative de francisation est portée notamment par ceux qui militent pour une réduction de l’usage des anglicismes dans le français professionnel.
Problème : cette version francisée reste encore peu utilisée, et son orthographe varie selon les sources. Le mot « manageur » existe dans certains dictionnaires (notamment le Robert), mais il coexiste avec « manager », ce qui ajoute à la confusion. Par ailleurs, sa féminisation reste floue et peu stabilisée. Faut-il dire une « manageure » ? Une « manageureuse » ? Une « manageurette » ? Ces formes ne sont ni normées, ni vraiment employées dans les milieux professionnels.
L’usage de « manager » comme terme épicène
Dans la pratique, de nombreuses entreprises et professionnels choisissent d’utiliser « manager » au féminin comme au masculin, sans modification. On dira ainsi « un manager » ou « une manager », de la même manière qu’on dit « une pilote », « une ministre » ou « une ingénieure ». Ce choix repose sur la volonté de conserver un langage professionnel fluide, moderne, et compréhensible de tous.
Ce phénomène est courant avec les anglicismes. Le mot « manager », en tant que terme importé, n’a pas de genre grammatical à l’origine. Il est donc tout à fait possible de l’utiliser tel quel, en précisant simplement le genre par l’article (« un » ou « une ») ou le contexte. Cette solution est d’ailleurs celle adoptée par plusieurs grands groupes, qui parlent d’ »une manager d’équipe », « une manager RH », etc., sans chercher à adapter le mot.
Ce choix reflète également une tendance à la neutralité de genre dans les titres de postes, de plus en plus répandue dans les environnements professionnels multiculturels ou internationaux.
Ce que disent les institutions et les dictionnaires
Le débat sur la féminisation des noms de métiers n’est pas nouveau, et il ne concerne pas que « manager ». Depuis plusieurs années, des institutions comme l’Académie française, le gouvernement ou les organismes de linguistique se sont penchés sur la question. En 1999, une circulaire ministérielle a recommandé la féminisation des titres dans les documents officiels. Depuis, les choses ont évolué, mais les anglicismes restent un cas à part.
Les dictionnaires français tels que Larousse ou Robert reconnaissent aujourd’hui les deux formes : « manager » comme mot d’origine anglaise, invariable, mais aussi « manageur » comme tentative de francisation. Aucun des deux n’est clairement privilégié, ce qui laisse le choix à l’utilisateur.
Le Journal officiel n’impose pas de règle stricte concernant ce mot, et les entreprises ou institutions sont libres de fixer leur propre usage en interne. Certaines chartes éditoriales recommandent par exemple « manager » pour tous les genres, tandis que d’autres adoptent « manageuse » dans une logique inclusive assumée.
Alors, que faut-il dire aujourd’hui ?
En réalité, aucune forme n’est strictement « fausse » ou interdite, mais certaines sont plus courantes ou mieux acceptées que d’autres. Le mot « manager », utilisé au féminin sans changement, est aujourd’hui la forme la plus répandue dans le monde professionnel. Il est simple, direct, compris de tous, et il évite les débats linguistiques tout en restant neutre.
« Manageuse », bien qu’entendu dans certains contextes, reste perçu comme familier ou peu académique. Il peut cependant être utilisé dans des milieux où la féminisation est valorisée ou recherchée, notamment dans la communication ou les ressources humaines.
« Manageur » est une alternative francisée plus rare, qui a ses partisans, mais qui reste marginale dans l’usage réel. Elle a l’avantage de s’inscrire dans une logique de défense de la langue française, mais sa féminisation pose problème car elle n’est pas encore stabilisée.

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